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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 10:19
Quand...

«Une oreille attentive est exceptionnelle aussi bien pour celui qui écoute que pour celui qui parle, lorsque nous sommes reçus à cœur ouvert, sans être jugés, qu’on nous écoute d’une oreille intéressée, notre esprit s’ouvre » de Sue Patton Thoële

Plus de cinq ans déjà que je sillonne les routes pour partir à la rencontre de mes lecteurs. Chaque jour qui passe est une nouvelle évolution de mes rapports avec mes lecteurs, nouveaux et anciens confondus. J’apprends autant d’eux qu’eux de moi et c’est l’interrogation que je me fais bien longtemps après être rentrée à la maison. Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à poser ma valise, à penser à autre chose qu’à la musique de leurs mots et de leurs témoignages, à la brillance des regards ? Les sourires émus et les murmures bruissent encore dans ma tête comme des arrêts sur images. L’ai-je vécu ? L’ai-je rêvé ?

Hier j’ai dédicacé à l’espace Culturel de l’Hyper U à St Maximin la Ste Baume, cela vous le saviez déjà, vous qui me lisez très régulièrement. Je ne saurais pas vous dire si c’était aussi bien ou moins bien que les précédentes dédicaces. Elles sont toutes tellement riches en surprise. Certaines se résument à un choix de livre, une signature dans un échange fugace, un sourire amical, d’autres oscillent entre flash magique, rapprochement instantané, une parenthèse lumineuse « à livre ouvert »... Quand…

Quand ma première dédicace déclenchée par Muriel, la matinée bien avancée et le regard doux posé sur mes livres, j’avais l’impression que l’Ange Muriel m’apportait sa sérénité.

Quand un jeune papa, accompagné de sa jolie fillette, s’arrête devant ma table, qu’il me questionne et m’écoute avec une attention non feinte, alors qu’il est pressé, qu’il est passé en coup de vent pour un cadeau d’anniversaire, qu’il parle à mi mots avec sa fille, que tous deux choisissent deux livres et me les font dédicacer, j’ose espérer que ce n’est pas juste pour me faire plaisir… Et là-dessus il m’explique qu’il est artiste peintre/sculpteur, m’a montré avec un sourire penaud ses doigts tachés de peinture et de plâtre, qu’il prépare une exposition, et que c’est mon clown (ma mascotte qui me suit partout) qui l’a tout de suite attiré. Son accent québécois chante encore en moi au lendemain de notre rencontre.

Quand Anthony s’est approché de ma table, j’ai reçu une bouffée de bonheur et de joie de vivre. Ce gamin de 10 ans, costaud, éveillé, souriant, remuant, tout écoute m’a dit : « je prends Gustave, non je prends la trilogie » Il était accompagné de sa maman, sa tante et sa grand-mère. Celles-ci, d’un même élan ont proposé de la lui offrir à trois. Vous aimez Maître Gims m’a-t-il demandé à brûle pourpoint ? Bien sûr que je l’aime ! Et Barman Soprano ? Ah non je ne le connais pas. Mais si ! Attendez, et me voilà en train de découvrir sur son I phone ce qui le met en joie, il se trémousse et pourtant les paroles sont assez difficiles pour un enfant de 10 ans mais il apprécie surtout le rythme. Comme il aime la lecture, la musique, le cinéma, l’école, ses 3 femmes qui le couvent de leurs regards à cœur ouvert… Un jeune garçon, heureux tout simplement, et qui abolit d’un large sourire la barrière de l’âge.

Quand la quarantaine au regard timide, doux, intelligent à n’en pas douter, longe ma table sans oser s’arrêter, qu’il repasse toujours silencieux, que je lui demande s’il voulait que je lui présente mes livres et qu’il me répond « pourquoi pas », soulagé que je l’aborde et qu’il finit pas me demander si j’accepterais de lui en dédicacer un, j’ai mesuré l’effort qu’il avait fait pour en arriver là. Un indicible moment de douceur nous a emballés dans un parfait accord. Bastien…

Quand je commence à ranger mes affaires, et que Delphine attendait avec son époux de passer à la caisse, que je lève la tête me sentant observée, elle me dit qu’elle avait surpris mon échange avec Bastien et que cela avait résonné en elle. Trop tard lui dit son époux, c’est fait, j’ai payé, on y va ! Je me suis excusée (pour la paix des ménages) et elle a répondu, mais non c’est de ma faute, ce livre me parle et je ne veux pas lui résister. En riant à grandes goulées, libre et dégagée, je vais me régaler me dit-elle en rejoignant la file des personnes qui attendaient à la caisse, l’ombre de Bastien entre nous deux.

Quand… Quand… Quand… Vous reverrais-je ? Sûrement jamais. C’est la loi implacable de ces pépites de bonheur. Le temps d’une respiration, d’une émotion et toute une vie pour les revivre, les yeux fermés et l’esprit en vadrouille.

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Annette Lellouche - dans litterature
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